On me nomme Doriane. J'ai 15 ans. Cela peut sembler jeune pour porter un témoignage & pourtant, Dieu sait combien j'en ai bavé & combien j'en bave encore par rapport à mon physique !
Petite, disont jusqu'à 5-6 ans, j'étais bien. Mince, dans la norme oui. J'avais déjà quelques formes, mais c'était innoffensif, je restais tout de même mince. La prise de poids à commencé au divorce de mes parents notamment. Je suis bien vite devenue trop grosse, trop moche, trop ... Trop ! Les cuisses qui flageolent, le ventre qui pend, de la poitrine (ou de la graisse dans mon cas) à 8 ans déjà. Je suis bien vite devenue le vilain petit canard de la sociétè. Mon physique, bien qu'encore petite, me complexait énormément & cela a influencé mon caractère, de façon bien nette. Pour moi, j'étais moche & grosse, alors je devais me la fermer & obéir aux autres. Autant vous dire que les gens en ont bien profités, pendant longtemps. J'étais mal dans ma peau, j'avais beau tout essayé, rien n'allait, j'étais toujours aussi grosse à mes yeux. On peut dire que j'étais boulimique, mais sans les vomissements. Je mangeais, mangeais, sans m'arrêter. On me privait de nourriture ? Je partais en voler en cachette dans la réserve de la maison. Je voulais maigrir mais je ne pouvais pas m'arrêter de manger, c'étaut une maladie, réellement.
Puis il y a eu l'adolescence, ce passage, cet âge où les gens sont si cruels. L'entrée au collège .. Je n'avais pas peur & pourtant. C'est là que je connus réellement mes premières moqueries. Ils n'étaient que deux, deux garçons, mais c'est eux qui, les premiers, ont contribués à me descendre. Les "grosse vache", "Hey, t'es enceinte ou quoi ?", "espèce de cachalot", "enlève ton gros cul de là, tu bouches le passage", "achète toi d'autres jambes, ça t'aideras à bouger ta graisse" & j'en passe des meilleures ... Tout ça m'a détruit, j'ai commencé à me renfermer. De plus, n'étant pas très riche, je ne pouvais pas me permettre de m'acheter de "beaux habits", & j'étais donc considérée comme une "ringarde", en plus d'être grosse.
Puis j'ai changé de collège, l'année dernière en 4ème. Là, j'en ai eu des moqueries aussi. Je le sais, sauf que cette fois, elles étaient dites dans mon dos mais suffisament fort pour que je puisse les entendre malgré tout. C'est là que j'ai rencontrée ma meilleure amie, qui m'a beaucoup aidée sans le savoir. Elle m'a appris à m'ouvrir aux autres. Mais malgré son aide, j'étais toujours aussi mal dans ma peau. J'ai commencé alors à me mutiler, c'était infernale. Une coupure au poignet, une deuxième, une troisième ... Une dizaine, une vingtaine. Je cachais mon corps, je cachais mes formes. Je m'habillais comme un sac, avec l'espoir de passer inaperçu. Même mon père, s'est mit à me descendre en flèche. A accuser ma mère de maltraitance car j'étais soi-disant "grosse comme un porc". je vous jure que ce furent ses mots. Ses mots qui me traumatisèrent & qui me donnent encore les larmes aux yeux aujourd'hui.
Ma prise de conscience a eut lieu cette année .. Quand je suis tombée amoureuse. C'était vers fin Mars, début Avril environ. Nous sommes en Juin. En l'espace de 3 mois, je peux vous dire que j'ai changée. Pour plaire à cet homme, j'ai commencé à devenir plus féminine, à mettre ma poitrine en valeurs, mon visage .. Ce que je possède comme atouts. Il m'a aimé comme j'étais, il m'a toujours accepté, sans jamais se moquer. Notre relation était spécial, uniquement virtuelle, mais je l'aimais & l'aime encore comme une folle. Notre relation était fusionnelle, tout se passait bien. Jusqu'au jour où il m'a demandé une photo de moi. Nue. Mes peurs me sont revenues brusquement en pleine face, j'avais si peur de ne pas lui plaire, de le décevoir .. Ne me jugez pas, cette photo je le lui ai envoyé. Avec la peur au ventre mais je l'ai fait. "Tu es magnifque." Ce furent ses mots & je ne sais pas si vous pouvez imaginer ce que ces simples mots ont eut comme effet sur moi. J'ai enfin commencé à me sentir belle, désirable même. J'ai eu des moments de rechutes, notamment lorsque nous avons rompus, notre situation (uniquement par Internet, bien que nous habitions la même ville & qu'il soit le "frère de coeur" de ma meilleure amie) étant dure à supporter. Il y a peu, nous nous sommes en quelques sortes remis ensemble, avant de "rompre" brutalement de nouveau. A ce jour, nous ne nous adressons plus la parole & ça me tue. Pourtant, son regard est toujours présent sur moi. Je me trouve toujours trop grosse, mais je m'accepte mieux qu'avant. Depuis Avril, j'ai réussi à perdre 9 kilos & je vous avoue que je suis fière de moi. Après la boulimie, la mutilation, j'arrive enfin à accepter mon corps.
Il ne faut jamais déséspérer. Jamais se dire que "nous sommes moches" ou que "personne ne nous aimera", car c'est faux, tellement faux. On a tous nos atouts, que l'on soit mince ou rond(e). Bien sûr, pour moi, les moqueries sont toujours là, je les entends encore mais aujourd'hui, je passe outre. Seul le regard de mes amis, de ceux qui me sont chers comptent. Je ne serais jamais aussi fine que ces Divas que l'on peut voir à la télé & dans les magazines, je le sais. Mais je sais aussi que des gens m'aiment comme je suis, moi & mes rondeurs. Malheureusement, encore trop de personne accorde une importance bien trop grande à la minceur ... Le monde est, majoritairement, con.
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